La Traversée Nord de Belledonne 2020 – L’ultra Traversée

 

« Ce n’est pas une sous course de l’Échappée Belle intégrale » annonce lors du briefing de départ Florent Hubert, « La traversée nord c’est une course exigeante, à part entière… » Voici les quelques mots retenus lors du speech, quelques secondes avant le départ.

Elle n’était pas vraiment prévue au programme de cette année, ayant terminée en 2019 l’intégrale, mais ça doit être le petit côté maso que tous les traileurs ont en eux… on la sait belle mais dure et c’est surement pour ces 2 qualificatifs qu’on a un goût de reviens-y.

180 sur liste d’attente au moment de l’inscription fin mai, date à laquelle Paul m’a chauffé par sms un soir déconfiné, mais avachi sur mon canapé. Je me suis mis sur liste d’attente sans vraiment d’espoir et pourtant en juillet on m’envoyait un email pour valider mon dossier.

Allez c’est reparti pour un tour, enfin non, une traversée ! La partie nord de Belledonne, avec la chance cette fois de faire une belle partie de jour. L’année dernière, de la montée à la Grande Valloire jusqu’au-dessus de super collet c’était de nuit.

Après l’annulation du 90 km du Mont Blanc et l’Ultra Trail du Beaufortain et bien cet été ça sera l’Oisans Trail Tour et la Traversée Nord. L’OTT 1 mois avant a été une belle préparation et la première course de la saison avec ses 12h dans les sentiers de l’Oisans, une bonne mise en bouche pour se frotter aux sentiers plus bruts, abrupts et rudes de Belledonne. Clairement la distance est la même, plus de deniv sur Belledonne, mais le temps ne sera pas de 12h. Dans ce massif il faut aimer descendre prudemment, taper les bouts de pieds sur les rochers, tenter de mettre du rythme et perdre son influx nerveux, monter lentement et voir défiler tranquillement les montagnes.

Samedi 22 août à 1h30 le réveil sonne, je saute dans mes habits préparés 3h auparavant je prépare 2 cafés car Paul me récupère à 2h direction les 7 Laux côté Pleynet. On arrive 45 mn avant le départ, la température est douce et on devrait éviter la chaleur que subisse les coureurs de l’intégrale depuis vendredi.

Le sac est sur le dos avec tous le matos, Paulo lui ça sera en débardeur ( 😀 , facile celle-là).

Lavage de main masque sur le pif, tout le monde respecte les règles et l’organisation a totalement bien géré ce côté-là pour que l’évènement puisse se tenir.  Pour cela un GRAND MERCI aux bénévoles et l’orga car l’annulation est plus facile au regard des protocoles à mettre en place. Quand on sait que 500 bénévoles ont gardé la motivation, malgré les contraintes et bien je leur tire ma casquette !

Sur la ligne de départ, on est juste derrière la musculeuse Mimmi. Paul l’an dernier a mis 15h cette année il vise plus et on a fait un plan en 16h avec comme stratégie de partir prudemment et si on peut, accélérer à la fin (tant qu’à faire).

Départ à 4h15 pour notre première vague et un petit tour de chauffe dans la station… ça part directement dans la montée et assez vite. Toute la première partie se gère bien à la frontale sur les sentiers qui nous emmènent vers Fond de France… il fait assez lourd même à cette heure matinale et je tente quelques blagues avec mes copains du moment que je trouve un peu trop sérieux à mon goût.

Hop on tourne sur la droite et on va attaquer la 1ère montée de Valloire, un sentier en forêt qui se découvre sur le haut. Avec Paul on suit un coureur qui nous emmène sur un bon rythme, la montée se fait bien, je suis à l’aise, Paul décroche à 2, 3 moments car il avait le cardio un peu haut mais recolle rapidement.  On attaque ensuite des petits singles en traversée où je loupe totalement un appui et je mets le pied gauche dans le vide … une belle glissade sur l’herbe heureusement sans dommage. Ce type de maladresse il faut vraiment les éviter sur Belledonne car ça peut te valoir un arrêt définitif. La descente sur Gleyzin se fait sans problème et on arrive au bout de 2h42 avec 2 minutes de retard sur notre prévisionnel et à la 38ème place. Le rythme est bon et on recharge en eau, un verre de coca 2, 3 morceaux de banane et c’est reparti pour la montée sur le refuge de l’Oule puis du Moretan, un gros morceau du parcours.

La montée est raide mais le temps est frais donc on ne souffre que du terrain 😉 , on prend même un petit crachin histoire de nous mettre dans l’ambiance de cette montée mythique de l’Échappée Belle. Le rythme est bon, on ne traine pas… je commence à voir un peu à ce moment-là que tous mes copains sont bien penchés sur leurs bâtons et que mes cuisses et mollets tirent un peu pour suivre leur rythme. Préparation Grand Raid oblige, pas de bâtons pour la traversée… il faut bien être joueur un peu quand même.

En arrivant sur les 300 derniers mètres les nuages se dispersent et on peut enfin apprécier les paysages somptueux de col. Paul repasse devant et les bénévoles au taquet nous accueillent au son des cloches. S’en suit après la terrible descente avec cordes sur le névé dans un premier temps, puis sur l’arrête dans un second temps.

Pas super à l’aise je laisse filer Paul et je tente la partie névé sur les fesses en prenant très rapidement de la vitesse avec une perte totale de ma trajectoire. J’essaye de me ralentir avec les mains, mais ça brûle…. Je double mais en direction des rochers qui se rapprochent dangereusement… En arrivant dessus je pousse avec mon pied pour me détourner de l’autre côté… La hanche est toujours en place mais j’ai eu chaud. S’ensuit une danse crispée à gauche à droite autour de la longe sur une bonne centaine de mètre de D-.

Après cette descente un peu chaotique pour ma part (comme l’an dernier, on ne se refait pas), les mains brulées par la neige puis la corde, on arrive sur les superbes lacs supérieur et inférieur et une plaine verdoyante nous amenant au ravito de Perioule (29ème). Je pers un peu de temps à mettre de l’eau dans les gourdes car il y a un peu la queue. Paul repart direct il fait des ravitos beaucoup plus efficaces que moi … il a progressé par rapport à l’UT4M 2018 par rapport à ça !

J’essaye, sur la descente qui suit, de me remobiliser pour rattraper les coureurs devant et en voulant imiter un chamois, au détour d’un cailloux, une belle crampe se déclenche partant de l’intérieur du mollet et remontant le long de l’ischio… coucou Tibo c’est moi la petite crampe qui vient au 30ème km tu sais comme à Madère et à l’ultra tour du Haut Giffre, on s’était bien marré les 50 derniers kilomètres ensemble hein ? Arghhh…. !!!!

A ce moment-là tout change, tu passes en mode gestion, attends je bois, j’ouvre une barre que je n’ai pas envie de manger et que je ne vais pas réussir à manger, je vais croquer ma tablette de magnésium potassium… Ah mince je ne la trouve pas … attend de l’arnica montana allez hop 20 granules qui tombent dans le bec car j’ai dévissé le système …

C’est à ce moment-là, où dès que tu croises une personne tu te transformes en pleurnichard aux excuses bidon et que tu balances à tout va que tu es pris de crampes et que tout le monde s’en fou… tu cherches la compassion mais tu n’en n’as pas, tu espères une solution miracle mais là aussi ça n’existe pas.

Le moindre pas doit être fait de manière non brutale en essayant de caresser le sol, comme si tu voulais cacher à ton muscle que tu courrais, afin d’éviter la terrible contraction. Le moral en plus du physique commence à battre de l’aile… l’aile ou la cuisse il faut choisir… j’aimerais bien m’envoler au-dessus de cette montée rectiligne de la pierre du carré, mais à cet instant je le sais, pour rejoindre le prochain ravito je vais être collé, super hein ?! 😀

J’arrive enfin à la station du super collet, avec 7 mn de retard sur le prévisionnel mais en ayant évité de nouvelles crampes. Malheureusement à peine assis sur une chaise, celles-ci reviennent m’empêchant de m’assoir, la soupe et le ravito ça sera donc debout. Je me plains 2 mn à Paul qui super sympa me remplit mes flasks. Je lui dis de partir et de ne plus m’attendre car je suis plus dans le rythme.

Après un bon ravito je repars en ayant perdu 4, 5 places. La prochaine partie sur les crêtes des Ferices et Arpingon est aussi redoutable quelle est magnifique. Il va falloir gérer et essayer de se remobiliser. Toutes les montées sont un calvaire je suis dans le creux de la vague, je me demande ce que je fais ici et pourquoi je fais des ultras et patati et patata … j’essaye d’appuyer sur les cuisses et de remettre du rythme mais rien ni fait, la tête est partie broyer du noir et l’énergie a déserté mon corps… tu traines ton poids et ça ne passe pas… je bois, je mange et je prends mon mal en patience. Dans les montées je vois à chaque fois Hilary Allen (1ère féminine) me déposer avec une facilité déconcertante dans les montées, et je la reprends à chaque fois dans les descentes…mais dans Arpingon elle prend son envol et moi je reste collé à mes amis les cailloux.

J’arrive enfin à Val Pelouse où je décide de faire un bon ravitaillement soupe, fruits, coca etc… J’ai quand même 17 minutes de retard sur mon prévisionnel. Je tombe sur James qui me dit que même si j’en ai chié je suis plus frais que beaucoup de coureurs qui viennent de repartir devant moi. Ça me redonne un peu le moral et je repars après avoir fini ma soupe pour les 30 derniers km. La stratégie voulait qu’à partir de maintenant on commence à envoyer… je retrouve un rythme sympa dans les montées et le moral va mieux.

En haut du col de la perche je commence à revenir sur des coureurs de mon parcours…je décide d’embrayer et de faire une descente soutenue jusqu’au Pontet. En plus, à l’avant dernier ravitaillement, je sais que Khaldia et les enfants seront là. Rien que d’y penser cela me fait un bien fou, je déroule et rattrape quelques coureurs. Ah enfin je retrouve le mode guerrier et je profite de ces moments d’euphorie. Je me dis qu’il faut que j’essaye d’aller le plus vite possible et que je ne lâche rien jusqu’à l’arrivée. Je sens bien que je suis rapide dans les descentes, les cuisses vont bien et les trajectoires sont bonnes.

J’arrive au Pontet en 20ème position et dans les temps de mon prévisionnel. La famille est là pour m’encourager, je leur explique que je ne traine pas trop car je me sens bien. Milhan et Malya courent à mes côtés et c’est un super moment.

La montée du Fort Gilbert je l’a fait au tempo et je ne lâche rien. C’est à ce moment-là que tu te dis que la tête joue pour beaucoup. Je rattrape encore 2 coureurs dans la montée et j’enchaine sur la descente… enfin presque, car il y a un petit raidard cadeau juste avant la dernière longue descente qui nous emmène vers Aiguebelle. La descente est roulante et j’envoie tout ce que je peux en descendant à 4’20 4’30 du km… 5 km avant l’arrivée je redouble Hilary puis un autre coureur. C’est assez incroyable le temps que l’on peut récupérer si on arrive à finir une course avec du jus. A l’entrée du parc je vois Kahldia et les enfants qui arrivent tout juste car sur la dernière portion j’ai repris pas mal de temps sur le prévisionnel. La cloche retentit au bout de 15h32 d’effort avec une 16ème place, un peu inespéré pour les 87km et 6100 D+ (dans Belledonne 😉

Une belle expérience de plus, une super course, une organisation au top pour une ultra traversée !

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